Les résultats du premier tour sont sans appel et l’affront fait au sortant a quelque chose de cinglant. Non pas les 1.5 % qui le séparent du vainqueur du 22 avril, mais l’échec patent infligé à sa pitoyable stratégie.
Tant mieux ! Lui, qui n’avait pu gagner le costume – tellement trop grand pour lui qu’il fut bien incapable de le porter correctement – de Président de la République en 2007 qu’en draguant dans les eaux troubles d’un populisme répugnant, a pris de pleine face le désaveu infligé, y compris par cet électorat protestataire.
A force de prendre les gens pour des « cons », comme il le dit, on s’expose au retour violent de la manivelle. Et voilà le résultat : avec plus de 18% des voix, le Front national tient en main une bonne partie des cartes maitresses pour la suite.
Imposteur, arnaqueur, bonimenteur, excité dépourvu de principe, ignorant des valeurs républicaines, voilà le sortant tel qu’en lui-même, doté seulement, pour toute consistance politique d’un ego surdimensionné et maniant, avec une indélicatesse qui stupéfie bien au-delà des frontières nationales, la menace, l’insulte et le mensonge en guise d’arguments.
Les aboyeurs qui l’entourent et partagent avec lui la même morve indécente se sont déjà jetés sur ce qui reste de l’os pour en sucer la moelle ; c’est tellement pathétique d’observer les Copé, Kosciusko-Morizet, Bertrand, Baroin ou autres Morano qui en rajoutent pour paraître sincères, s’exciter autour du bac à sable alors qu’au fond d’eux-mêmes, ils sont déjà bien au-delà de la défaite…
Bref, lui ne récolte que ce qu’il a semé de haine et d’agressions et se trouve aujourd’hui en situation d’inaugurer le plus lamentable des records. Il restera pour l’histoire – avec un "h" minuscule, comme pour les histoires stupides qui racontent des héros indigents- celui qui aura su, avec la plus grande constance, mobiliser contre lui les meilleurs scores de défiance et de rejet.
Pour ça au moins, il fallait saluer la performance et c’est ce à quoi les électeurs se sont employés dimanche.
En réussissant à contenir toutes les velléités d’autres candidatures au sein de la droite républicaine (Borloo, Villepin, Boutin, Morin), il arrive tout juste à sauver sa qualification au second tour. Mais ce faisant, il a du même coup asséché tout réservoir de voix et transformé l’élection en un referendum pour ou contre lui.
Tous les candidats du premier tour, quels qu’ils soient, ont argumenté la nécessité de sortir le sortant. Voilà ce qui d’abord, où que soient allés les bulletins de vote, a motivé la forte mobilisation des électeurs, et c’est l’aspiration partagée du second tour.
Pour ce faire, seule Arthaud jouant les fossiles inutiles, rassembler la gauche ne devrait pas poser problème. Ainsi, se constituera un bloc dont près de 30% de ses membres participent de la gauche radicale.
Il sera d’autant plus nécessaire de s’en souvenir que cela ne suffira pas à assurer la victoire et qu’il faudra que ce bloc de gauche enfle d’une part symptomatique des électeurs dont le premier choix s’est porté sur l’un des deux autres candidats rassemblant un fond de voix intéressant.
On sait que tous les électeurs de Le Pen ne sont pas des convaincus des thèses du Front national, fort heureusement, et nous connaissons tous dans nos quartiers, des gens de gauche désabusés, incrédules à nos propositions, qui disent ne plus rien attendre de nous et utilisent le bulletin Le Pen pour mettre la gauche socialiste en garde contre sa tentation d’un réformisme trop conciliant aux intérêts du marché, de la banque et de la finance.
C’est à eux qu’il faudra redonner de vraies raisons de voter pour un candidat et une politique qui change réellement leur vie.
Ils viendront alors, dans le meilleur des cas, participer à la majorité présidentielle en renforçant sa composante radicale et contestataire.
Ce ne doit pas être une gageure ; c’est au contraire essentiel sinon ces gens-là pourront tout aussi bien, demain
- rallier la gauche radicale qui, grâce au Front de Gauche et à sa campagne de premier tour, s’installe dans le paysage politique comme une espérance nouvelle, dynamique et porteuse de crédit,
- que persister chez les Le Pen qui ne demandent, eux, qu’à continuer de s’enrichir de leur soutien.
Alors oui, gagner le 6 mai est à portée de main et à ce prix :
seule sera durable la victoire en changeant !
D. A. le 23-04-2012